Edito du journal d'école Maison rose No 27 du mois d'avril 2001

Tous capables et chacun pour soi


Les Genevois ont refusé en votation, le 4 mars dernier, la généralisation de la 7ème hétérogène au cycle d’orientation.
Le vote a été très clair puisque c’est plus de 64% de la population qui a ainsi marqué son opposition à cette réforme.

L’analyse d’une opposition " gauche/droite " sur ce sujet n’est certainement pas suffisante. Tout d’abord parce que les Genevois ont régulièrement, depuis plusieurs décennies, accordé leur confiance aux réformes de l’école et ensuite parce que dans cet enjeu, les quartiers votant habituellement " à gauche ", ont également refusé l’introduction du tronc commun en 7ème.

On peut alors se demander si le projet présenté au peuple était assez clair et cohérent. Il ne suffit certainement pas d’abandonner les sections pour offrir de meilleures conditions d’apprentissage à tous les enfants. Si les classes hétérogènes nous semblent une évidence, à nous qui travaillons chaque jour avec des enfants de " niveaux scolaires " très divers, nous connaissons les conditions qui permettent la réussite de nos élèves : effectifs réduits, suivi des enfants sur plusieurs années, travail en équipe essentiel à la cohérence pédagogique, intense disponibilité avec les enfants et les familles, formations régulières, remises en question incessantes, travail supervisé par des psychologues. Ce sont certainement ce qu’on appelle " les moyens " à mettre en œuvre, aussi bien pour améliorer l’école qu’elle soit publique ou privée que pour faire du cycle d’orientation, autre chose qu’une gare de triage.

Et puis, il y a ces deux autres conditions, qui font notre identité d’école " différente ", une école où les relations humaines sont au cœur du travail, que ce soient les relations entre enfants, entre enfants et adultes, entre adultes. Ces " histoires humaines ", nous leur donnons une place essentielle donc une vraie place dans la grille horaire, petites réunions, réunions conseils, contrats, réunions pédagogiques, de parents, d’école, etc. Ces heures consacrées au vécu de notre petite collectivité permettent à chacun et chacune d’être reconnu, aidé, apprécié et de continuer l’aventure.

Enfin, il y a le sens que nous cherchons à donner à ce que nous faisons à l’école. Que voulons-nous apprendre aux enfants ? Comment voulons-nous travailler ? Questions autour du programme et des méthodes mais aussi désirs d’aller voir ailleurs, plus loin, hors des sentiers battus, en se formant, par exemple, à l’enseignement de la philosophie.

L’hétérogénéité est un terme barbare qui signifie simplement que nous sommes tous et toutes différents et que nous avons à vivre ensemble, sur la planète ou dans une école, en respectant les particularités de chaque personne. Voter contre une école hétérogène montre un manque de confiance dans un système scolaire qui ne serait pas capable de garantir que chacun et chacune aient sa place, non pas séparés, mais justement ensemble. Comme à l’école active.


Pour la rédaction
Virginie Keller Lopez